04 juillet 2009
Les mains
Depuis toujours, je suis fascinée par les mains. Elles sont si expressives qu’elles m’en disent souvent plus qu’un visage ou qu’un regard et je m’en souviens autant, parfois même plus longtemps : mains aux doigts très courts de mon père ; mains larges et très ouvertes de mon professeur de piano ; mains sèches et anguleuses de ma mère adoptive ; adorables menottes potelées de ma fille ; longues mains sensibles d’un homme que j’ai beaucoup aimé… Je regrette de ne pas les avoir toutes photographiées. Pour certaines il est trop tard. Pour les autres, je commence aujourd’hui une nouvelle collection…
02 juillet 2009
Bruno
Je me souviens, à l’école, j’avais honte d’être un enfant abandonné ; c’est d'abord pour ça que je lui en voulais, parce que pour le reste, on était plutôt soulagés par son départ, même si on n’avait plus que des patates et des nouilles dans l’assiette. « Heureusement qu’il y a la cantine, disait maman, profitez bien surtout ». Mais elle, qu’est-ce qu’elle mangeait ?
Elle faisait des ménages, tôt le matin, tard le soir ; elle maigrissait à vue d’œil.
Souvent, la nuit, je l’entendais pleurer. Je frappais doucement à sa porte, j’allais la consoler ; quelquefois, je dormais avec elle, il n'y avait que ça pour la calmer. « Reste un peu, elle demandait, mets-toi contre mon dos, j’ai tellement froid, tu sais ».
Mes bras autour de sa taille… mon visage dans son cou… l’odeur de ses cheveux...
Je respirais lentement et alors elle s’endormait, toute petite, toute fragile. J’avais l’impression d’être indispensable, la personne la plus importante au monde. Jamais je n'ai retrouvé ça avec une autre femme…
01 juillet 2009
Hérisson
Un ami m'envoie ces photos avec, pour commentaire, à l'adresse des conducteurs : "faites bien attention, car c'est la saison des bébés hérissons ; ce serait dommage d'écraser ça, non ?"
Je suis tout à fait d'accord avec lui : j'aime ces petites bêtes, même lorsqu'elles deviennent adultes...
30 juin 2009
Fragments
28 juin 2009
Mère et fils
Je n’aurais jamais dû dire à maman que j’avais rencontré Juliette sur l’Internet. C’était au moment du dessert.
- Mais tu es complètement inconscient, mon pauvre garçon, on peut tomber sur n’importe qui, des malades, des folles, c’est dangereux, arrête-moi ça tout de suite, etc., etc…
Elle n’en finissait pas de vociférer, si bien que j’ai hurlé à mon tour :
- Eh bien tant mieux, si tu n’es pas d’accord, comme ça je ne te la présenterai pas et je ne serai plus obligé de venir déjeuner chez toi chaque dimanche, quel soulagement !
- Tu n’es qu’un monstre, elle a répondu, après tout ce que j’ai fait pour toi, oser me parler sur ce ton !
- Et toi, tu crois que tu n’exagères pas aussi ? Je te rappelle que j’ai trente-neuf ans, au cas où tu l’aurais oublié !
J’ai laissé mon gâteau dans l’assiette, balancé ma serviette sur la table et je suis sorti en claquant la porte. Le soir, elle m’a téléphoné pendant une heure, elle s’excusait en pleurnichant, disait qu’elle avait besoin de moi, que j’étais son seul soutien, le réconfort de sa vieillesse. Je me demande comment elle peut penser une chose pareille, alors que je la déteste de tout mon cœur et m’arrange pour le lui faire savoir, à chaque fois que l’occasion se présente…
Papa avait toutes les raisons de la détester aussi. Mais lui n’osait pas s’opposer à elle ouvertement ; il tenait par dessus tout à sa tranquillité et le seul moyen de l’obtenir était de la laisser dire, d’attendre que passe la crise. Je me souviens de quelques séances homériques ; elles éclataient souvent à table ; je ne comprenais pas que mon père se laisse traiter de pauvre type médiocre, sans ambition et même, parfois, de raté. Il se contentait de lever les yeux au ciel et de soupirer, ou de sourire, ce qui mettait ma mère dans une rage folle. Alors, les assiettes volaient, se fracassaient sur le carrelage de la cuisine et les portes claquaient. Mon père et moi terminions le repas tous les deux, dans un silence oppressant. Jamais nous n’avons parlé de ces scènes. Au fond, je crois qu’il avait raison de ne pas entrer dans le jeu de ma mère, il aurait fini par la frapper, ou il l’aurait transpercée de coups de couteau et se serait retrouvé aux assises… Au lieu de quoi il a terminé paisiblement sa carrière et il est mort d’une crise cardiaque, six semaines après avoir pris sa retraite. Il n’a pas souffert : il était assis dans son fauteuil, il a poussé un long soupir qui ressemblait à une plainte, ses yeux se sont écarquillés comme sous l’effet d’une vision surprenante et sa tête s’est affaissée sur sa poitrine…
26 juin 2009
Echange...
- Oh la la, tu as vu ça, j'ai de plus en plus de cheveux blancs, moi !!
- Mmm...
- Je me demande si je vais les teindre ou non...
- Mmm ?
- Ou alors j'attends un peu, le temps de voir... hein, qu'est-ce que tu en penses ?
- Mmoui...
- Tu pourrais répondre, quand je te parle !
- Excuse-moi, je lisais ce message. Qu'est-ce que tu disais ?
- Oh rien... rien d'important ! Ne lâche pas ton ordinateur, surtout, ça n'en vaut pas la peine !
- Je sens comme un reproche dans ton intonation !
- Pas du tout ! Ce n'est pas un reproche, c'est une constatation.
- Et qu'est-ce que tu constates, ma chérie ?
- Que tu te soucies de moi comme de ta première chemise et que j'en ai plus qu'assez !!...
- ... A propos de chemise... il faut que j'en mette une blanche, demain, pour cette réunion dont je t'ai parlé... tu te rappelles ?...
- Ah oui ? Eh bien... tu sais où est le fer à repasser, mon chéri !!...
24 juin 2009
Un visiteur
23 juin 2009
Eclosion
Je me souviens qu’on me disait douce et calme, toujours d’humeur égale. Pendant de longues années, j’ai tâché de correspondre à l’image que « les autres » avaient de moi, au point que je me suis perdue de vue.
Lorsque j’ai accepté, enfin, de reconnaître la violence et la passion qui bouillonnaient en moi, ce ne fut ni facile ni confortable...
Faire coïncider l’intérieur et l’extérieur tout en me restant fidèle ; devenir au grand jour celle que j’étais profondément ; admettre et même revendiquer en moi une part de ténèbres, alors qu’on me croyait si lumineuse : c’est peut-être cela qu’on appelle devenir adulte ?…
22 juin 2009
Les voisins (suite)
- Quelle tragédie, ce qui s’est passé chez les Mercier !
- Quoi donc ?
- Vous n’avez rien entendu ? Vous ne lisez pas les journaux ?
- Non, j’étais chez ma fille, je ne suis rentrée que ce matin…
- Eh bien, c’était lundi, à l’heure du déjeuner. Il y a si peu de passage dans notre rue que le bruit des voitures a intrigué tout le monde ; alors, on est sortis sur le pas de nos portes, ou on a regardé par la fenêtre…
- Et vous avez vu quoi ?
- D’abord la police et ensuite une ambulance. Ils ont emporté un corps puis un autre. J’ai pensé d’abord à un accident, mais non : c’était un meurtre !
- Quoi ? Vous en êtes sûre ?
- Oui, oui, c’est dans le journal d’hier, tenez, voici l’article :
« Drame familial rue des peupliers
Monsieur M., cinquante ans, a empoisonné sa mère avant de se pendre. Il a laissé une lettre, dans laquelle il s’explique. Une enquête est ouverte… »
- Eh bien, quelle histoire ! J’en suis toute retournée…
- Je vous le disais… Et attendez, vous ne savez pas tout !
- Quoi d’autre ?
- Madame Mercier a été retrouvée assise dans son fauteuil avec son chat empaillé sur les genoux !
- Empaillé ?!
- Oui, quand il est mort, il y a cinq ou six ans, elle n’a pas pu le supporter ; alors son fils est allé chez un taxidermiste le faire naturaliser. Otello, il s’appelait, parce qu’il était noir…
- Le taxidermiste ?
- Non, le chat !... Donc, Antoine a donné le poison à sa mère, puis a placé le chat entre ses bras, qu’il a bien serrés autour de l’animal. On n’a pas pu les séparer. C’est la femme de ménage qui a tout découvert, presque vingt-quatre heures après…
- La pauvre, quel choc elle a dû avoir !
- Oui, surtout qu’Antoine s’était pendu au beau milieu du salon, à la grosse poutre. Elle l’a vu en entrant ; alors elle a couru dans la chambre de la mère et ce qu’elle a vu l’a achevée… Il lui a fallu un moment pour se reprendre et appeler la police…
21 juin 2009
Filiation
Difficile de concevoir que Maman a été aussi petite que je le suis aujourd'hui.
Difficile d'imaginer un monde où je n'étais pas né !...







