Phrasibuleuse

Textes littéraires et autobiographiques, collages d'images et de mots, photographies...

12 novembre 2009

11 novembre

automne7

automne9
(à Veulettes, 11/11/09)

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11 novembre 2009

Nadia / 3

Avant de recopier ta prose sur le traitement de texte, tu l’écris et la corriges à la main, à l’encre rouge, avec ton stylo plume Sheaffer. Ce stylo ne te quitte jamais. Ta main est habituée à lui, elle connaît son poids, sa forme, la texture de son métal, qui s’est poli au fil des années pour devenir complètement lisse et brillant. Quand tu es allée à New York avec Paul, en 1990, tu avais imaginé que tu y verrais des vitrines remplies de Sheaffer fabuleux, puisqu’ils sont fabriqués aux USA. Mais non, tu as eu beau chercher, tu n’as rien vu. Enfin, le dernier jour, en visitant un magnifique building rempli de magasins de luxe, vous êtes tombés sur une petite boutique qui en vendait. Paul t’en a offert un, bien lourd comme tu les aimes, noir avec une plume en or. Et depuis, tu l’utilises pratiquement chaque jour, à l’exclusion de tout autre stylo. Il ne t’a jamais déçue et tu prends soin de lui, comme d’un ami fidèle et parfaitement fiable, ce qu’il est en vérité...

Quand tu as faim, tu descends et tu te prépares à manger ; par exemple, tu réchauffes au micro-ondes un bol de riz complet avec des légumes. Souvent, tu manges avec une cuiller. Celle que tu préfères est petite et en argent, complètement polie, patinée à force d’avoir servi. Ta mère l’avait reçue le jour de sa communion solennelle. La fourchette qui l’accompagnait a disparu depuis longtemps. Sur le manche est gravé un monogramme à boucles entrelacées. Quand tu ne savais pas encore écrire, ces initiales te semblaient infiniment mystérieuses. Plus tard, tu as mille fois déroulé mentalement leurs arabesques, fil d’Ariane qui t’entraînait à coup sûr dans le vertigineux labyrinthe de tes rêves...

Le soir, tu te couches au premier étage, dans le grand lit. Voilà encore un objet très familier, qui accompagne ton quotidien depuis tant d’années... Jean-Claude et toi l’aviez  acheté quelques jours avant votre mariage, en 1978. Tu avais vingt ans et lui vingt-sept. Vous vous étiez rencontrés dans la petite entreprise qui vous employait. Par la suite, tu t’es souvent demandé ce qui en lui t’avait séduite. Aujourd’hui, tu penses que c’était d’abord son côté paternel et protecteur : il t’a ouvert les yeux sur des réalités que tu ignorais, politiques et sociales surtout, dans cet après 68 où il militait ardemment contre le pouvoir, lui qui venait tout droit de la bourgeoisie... Il a été ton premier amant, jouant là aussi le rôle de l’initiateur, son rôle favori avec toi, tu l’as compris trop tard : dès que tu es devenue plus autonome et que tu as pu énoncer des opinions personnelles, il ne l’a pas supporté. Disputes incessantes et parfois violentes, humiliations devant les amis... Puis un jour il t’a frappée et tu as répliqué par une gifle : c’était la fin... Le divorce te fut très pénible. Jean-Claude a déménagé et tu es restée dans votre appartement. Vous avez partagé les meubles et tu as voulu garder le lit, tu ne sais plus pourquoi ; peut-être simplement parce qu’il était confortable…

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Les fiancés / 2

B_B

B_B2
(18/10/09. Photos B.O.)

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09 novembre 2009

Un homme

Je me souviens de vous en vieil homme au visage très doux, au sourire plein de bonhomie… Qui aurait pu penser, en vous côtoyant alors, que vous aviez été ce père terriblement autoritaire, ce mari volage et cruel que vos proches m’ont dépeint ?
Vos dernières années se sont étirées péniblement dans un établissement de « long séjour ». Devenu hémiplégique, vous aviez perdu toute autonomie et ne pouviez plus parler. Mais votre regard exprimait encore les émotions qui vous traversaient…
J’ai souvent imaginé le supplice que ce devait être pour vous que de voir, sans pouvoir communiquer avec eux, ceux qui venaient vous témoigner leur attachement ; ceux-là mêmes qui avaient tant souffert de vos manques et de votre intransigeance…

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08 novembre 2009

Novembre...

automne5
8/11/09

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06 novembre 2009

Nadia / 2

Un de tes plaisirs du matin est de te préparer du thé. Tu l’aimes plus que toute autre boisson ; tu en bois beaucoup et du très bon, deux fois par jour, la première juste après ton lever. Tu enfiles un pull par-dessus ton pyjama et tu descends à la cuisine. Tu fais chauffer l’eau dans la bouilloire électrique. Tu déposes dans la grosse boule en inox des feuilles parfumées au jasmin ou à la bergamote, selon ton humeur. Sur le plateau, une tasse et une théière assorties, en porcelaine blanche. C’est Paul qui te les a offertes : un soir d’hiver, il est rentré avec un gros paquet des Nouvelles Galeries. Ce n’était ni ton anniversaire, ni aucune fête particulière. Il avait eu envie de t’offrir ce cadeau en signe de réconciliation, après une éprouvante dispute, et il était certain de te faire plaisir, à défaut d’être tout à fait pardonné pour ses méchancetés de la veille…

Au fil des ans, la théière a un peu souffert : le couvercle est tombé et tu as dû  en recoller les morceaux ; le bec s’est cassé en se cognant sur le bord de l’évier, mais il verse toujours correctement. Il y avait deux tasses, il n’en reste plus qu’une. Paul et toi vous êtes quittés et tu n’as aucune nouvelle de lui, mais tu te sers quotidiennement de ces objets, parmi les plus familiers qui t’entourent ; quelquefois, tu penses à lui en préparant le thé, mais assez rarement, comme si la répétition quotidienne de certains gestes en effaçait peu à peu l’origine...
Dès que le thé est prêt, tu montes au deuxième étage avec le plateau, devenu très lourd. Tu t’installes à ton bureau et allumes l’ordinateur. Tu écris ou plutôt réécris des textes pour un éditeur. Cela s’appelle « rewriting », un mot affreux... Tu reçois des traductions brutes de romans américains et ton travail consiste à les mettre en forme en respectant le style de la maison, c’est-à-dire dans un français ni trop compliqué ni trop recherché ; car ce genre de livres s’adresse à des lecteurs souvent peu cultivés et qui ne lisent rien d’autre ; cela leur permet d’éprouver des émotions et des sensations que la vie ne leur offre pas : pour les femmes, grand amour avec un homme beau, bronzé, musclé et, bien sûr, riche...
Tu appelles cela de la « littérature jetable », de celles qu’on achète à la gare et qu’on oublie volontiers dans le train, une fois qu’on connaît le dénouement de l’histoire, généralement très prévisible... Mais tu ne méprises pas ceux que cela passionne et, d’ailleurs, c’est ton gagne-pain de l'écrire...

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05 novembre 2009

Forêt

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for_t
forêt de Sahurs, 5/11/09 (photos B.O.)

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04 novembre 2009

Nadia

Tu as quarante ans, tu vis seule. Ton père est mort juste après ton huitième anniversaire. Ta mère t’a élevée comme elle l’a pu. Elle ne s’est pas remariée. Tu ne t’entendais pas bien avec elle et tu l’as quittée dès que tu fus majeure. Elle est morte d’une longue maladie, cela fait sept ans. Tu la voyais assez peu, si bien qu’elle ne t’a pas vraiment manqué depuis son décès. Tout de même, tu as eu un choc en disant l’autre jour à quelqu’un que tu  n’avais plus de parents. Et plus tard, chez toi, tu as pleuré sur ton sort, en prononçant plusieurs fois devant le miroir le mot « orpheline »…

Physiquement, tu n’as rien de particulièrement remarquable : un mètre-soixante, cheveux châtain foncé, yeux marron-noisette, teint plutôt mat, bouche aux lèvres minces, nez court légèrement épaté. Tu as tendance à être un peu forte, avec une poitrine trop volumineuse pour ta taille, trop lourde, qui t’a toujours embarrassée. Bien sûr, les quelques garçons que tu as connus l’ont aimée, eux, mais sans doute pas assez, ou pas assez longtemps pour que tu l’acceptes enfin. Tes mains et tes pieds sont petits, à la fois ronds et fins. Tu les aimes bien, c’est peut-être la partie de ton corps que tu préfères.

Dans un groupe, tu fais partie de ces femmes qu’on ne remarque pas, de celles dont on oublie aussitôt le visage et le nom. C’est assez confortable, la plupart du temps quand on n’a pas envie de sortir du rang : c’est ton cas depuis toujours. Ta mère te répétait souvent :  « arrête de faire ton intéressante, il n’y a vraiment pas de quoi ». Elle devait avoir raison. Elle non plus, d’ailleurs, n’avait sans doute pas de quoi retenir l’attention, puisqu’elle a vécu seule. Tu n’as jamais eu l’impression qu’elle en souffrait : c’était comme ça ; elle ne se posait peut-être même pas la question de savoir si sa vie aurait pu être différente... Tandis que toi, quelquefois, tu ressens un manque ; tu as envie de parler à quelqu’un, mais il n’y a personne auprès de toi…

Posté par Danalyia à 23:10 - Personnages - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss

Le savant n'est pas l'homme qui fournit les vraies réponses ; c'est celui qui pose les vraies questions.

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1er Novembre

11109
(photo B.O.)

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