05 mai 2009
La théière
Un de tes plus grands plaisirs
est de te préparer du thé. Tu l’aimes plus que toute autre boisson ; tu
en bois beaucoup et du très bon, deux fois par jour. Le matin, dès ton
lever, tu enfiles un pull par-dessus ton pyjama et tu descends à la
cuisine. Tu fais chauffer l’eau dans la bouilloire électrique. Tu
déposes dans le filtre en papier des feuilles parfumées au jasmin ou à
la bergamote, selon ton humeur.
Sur le plateau, une tasse et une
théière assorties, en porcelaine blanche. C’est Lui qui te les a
offertes, il y a dix ans. Un soir d’hiver, il est rentré avec un gros
paquet des Nouvelles Galeries. Ce n’était ni ton anniversaire, ni
aucune fête particulière. Il avait eu envie de t’offrir ce cadeau en
signe de réconciliation, après une éprouvante dispute, et il était
certain de te faire plaisir, à défaut d’être tout à fait pardonné pour
ses méchancetés de la veille…
Depuis dix ans,
la théière a un peu souffert : le couvercle est tombé et tu as dû en
recoller les morceaux ; le bec s’est cassé en se cognant sur le bord de
l’évier, mais il verse toujours correctement. Il y avait deux tasses,
il n’en reste plus qu’une.
Peu après, vous vous êtes quittés ; tu
n’as aucune nouvelle, mais tu te sers quotidiennement de ces objets,
parmi les plus familiers qui t’entourent ; quelquefois, tu penses à Lui
en préparant le thé, mais assez rarement, comme si la répétition
quotidienne de certains gestes en effaçait peu à peu l’origine...
