25 décembre 2009
Retour
Et voilà, Noël est passé, on a distribué et reçu beaucoup de cadeaux, mangé et bu plus que de raison, revu les cousins, cousines, soeurs et frères, nièces, neveux... On rentre à la maison un peu fatigués, un peu écoeurés aussi, après ces repas trop riches, trop longs surtout et si bruyants - mais il faut bien faire plaisir à ceux qui nous ont accueillis si gentiment, parce que ces réunions sont importantes pour eux, c'est leur façon de dire leur affection, ils n'osent pas, ne savent pas le faire autrement... Alors, on se dit qu'une fois par an, ce n'est peut-être pas trop...
09 décembre 2009
Déception
Il dit : « Tu ne peux pas soulager toute la misère du monde ». Je réponds que j’en suis bien consciente.
Il
ajoute : « Si tu veux aider les autres, c’est parce que tu
éprouves un grand besoin de reconnaissance ». Je réponds : « Qui
n’éprouve pas ce besoin ? »
Il
continue : « C’est à l’état de s’occuper des SDF et des nécessiteux ;
en faisant du bénévolat, tu joues le jeu de l’état ». Je réponds : «
Peut-être que tu as raison, mais en attendant que l’état se décide à
agir, faut-il laisser les SDF mourir de froid sur les trottoirs ? Et
ceux qui n’ont rien et qui tendent la main, faut-il les ignorer ? »
Il
conclut : « Moi, je veux bien aider quelqu’un qui mendie dans la rue,
mais d’abord, je veux savoir comment il en est arrivé là ; parce que,
tu comprends, il y en a beaucoup qui ne font rien pour s’en sortir ».
Je réponds : « Selon toi, il y aurait donc les bons pauvres et les
mauvais pauvres ? Ceux qui méritent qu’on les aide et ceux qui n’en
sont pas dignes ? »…
Je
n’oublierai pas cette conversation avec une personne aisée, qui vit
seule par choix, dans une grande maison bien chauffée ; un homme qui
longtemps milita dans les rangs de cette gauche aujourd’hui agonisante,
qui prônait des valeurs humanistes…
06 décembre 2009
Pause
Je m'en vais pour deux jours à Paris, sans mon ordinateur. Je ne suis pas certaine de pouvoir écrire sur ce blog, donc, avant mon retour. J'emporte mon appareil photo et j'espère rapporter de belles images de la capitale.
A bientôt, chers et fidèles lecteurs !
04 décembre 2009
Réminiscence
Bientôt Noël. Les rues s’enguirlandent. Les pavés scintillent de reflets multicolores. Dans les petits chalets, place de la cathédrale, on prépare des gaufres et des chichis. Une musique sirupeuse s’échappe de hauts-parleurs surgis ça et là. Sur un manège clinquant passent et repassent des enfants à la mine ravie, au son désuet d’un orgue de barbarie…
Tout cela me touche ; je fais des photos, j’admire les décorations. Mais soudain, sans que je comprenne pourquoi, je me souviens d’un autre décembre ; une lourde chape de tristesse me tombe dessus, tissée d’absence et de tristesse : j’avais sept ans, je croyais encore à la bonté du Père Noël ; pourtant, il ne m’a pas rendu mon père, ni mes rêves de petite fille… Un baigneur en celluloïd, c’est ce que j’ai reçu. Il était beau, mais je l’ai regardé de loin : je ne voulais pas le prendre dans mes bras ; je ne voulais pas qu’il me console… pas tout de suite…
01 décembre 2009
Compassion
Elle vend des bijoux fantaisie dans une petite cabane en bois, sur le marché de Noël. Derrière elle, la cathédrale. Tout autour, des guirlandes lumineuses clignotent, dans une atmosphère qui sent bon le vin chaud, les gaufres, la fête… En face d’elle, assis à même les pavés, un jeune homme fait la manche. Il semble transi, dans son jean et son blouson léger. Son chien l’assiste, sagement. Il a une couverture sur le dos… La dame aux bijoux surprend mon regard vers le garçon et son compagnon :
- Si c’est pas malheureux ! Il pourrait travailler, quand même ! Enfin, avec ce qu’il gagne comme ça, rien d’étonnant à ce qu’il préfère continuer…
Je rétorque que le travail, par les temps qui courent, ne se trouve peut-être pas si facilement.
- On en trouve si on en cherche ! Mais il ne faut pas faire le difficile…
Je lui fais observer qu’il n’est peut-être pas si confortable de mendier dans la rue.
- Oui, me répond la dame, vous avez raison… Mais vous savez, ce qui me fait le plus de peine, c’est ce pauvre chien…
25 novembre 2009
Solitude
Il monte dans le bus, portant un sac de supermarché plein à craquer. Il marmonne en passant sa carte magnétique dans le composteur, puis vient s’asseoir en face de moi. Quelques considérations sur le temps épouvantable qui sévit en Normandie lui servent de préambule, puis il entre dans le vif du sujet :
- ça fait trois mois aujourd’hui que ma mère est morte.
- Ah ?... C’est un moment difficile…
- Plutôt, oui. Le 23 août, ma mère mourait et le 24, ma femme me quittait…
La détresse de cet homme me touche. Il doit se sentir atrocement seul, pour se raconter ainsi à une inconnue, dans un bus.
Je lui dis qu’il existe dans la ville plusieurs associations où l’on peut parler à des bénévoles. Je lui donne une adresse. Son visage s’éclaire et je sens que ces quelques mots ont fait naître en lui un peu d’espoir…
29 octobre 2009
Célébration
Bientôt, le jour des morts. Je n'ai pas de tombe à entretenir, à fleurir…
Hier,
je suis allée au cimetière, tout près de chez moi, et je vous ai
choisi.
Sur la pierre usée, votre nom et vos dates sont effacés.
Bientôt, votre visage aussi disparaîtra dans la grisaille de l’oubli.
C’est mieux ainsi : je préfère ne pas savoir qui vous avez été.
Il me
semble que cela donne à ma pensée davantage d'intensité.
Comme si je
plissais les paupières pour mieux vous voir...
10 octobre 2009
La voix
Le concert s’achève. Le public applaudit longuement. Les choeur se défait : certains chanteurs se dirigent vers les coulisses ; d’autres vont saluer quelqu’un dans la salle. Un inconnu s’approche : « vous avez une très belle voix, me déclare-t-il et, à ce titre, puis-je vous embrasser ? ».
La semaine précédente, après le même programme, dans une salle différente, c’est une dame qui est venue vers moi et m’a tenu les mêmes propos…
Pourtant, il est évident que j’ai encore beaucoup à apprendre pour chanter vraiment bien - si toutefois j’y parviens un jour...
Je pense que l’émotion suscitée par une voix chantée ne tient pas à une technique irréprochable, mais plutôt à ce qu’elle éveille chez l’auditeur. Et je suis reconnaissante à Haendel, Fauré, Calmel et Poulenc, de m’avoir permis de toucher assez profondément ces deux personnes pour qu’elles éprouvent le besoin de m'en remercier…
01 octobre 2009
Une mère
Elle te demande : « sais-tu ce que mes enfants me reprochent ? » Bien sûr que tu le sais ; pourtant, ce n’est pas à toi de le lui dire : tu n’es pas sa fille, seulement la femme de son fils…
Mais pourquoi ne pose-t-elle pas la question à ceux dont elle n’a pas su accompagner la jeunesse ? Peut-être parce qu’elle connaît la réponse et qu’elle n’a pas envie de l’entendre. Pas envie non plus de relire sa vie à la lumière de ses insuffisances…
16 septembre 2009
A l'hôpital
D'abord, tu as pleuré abondamment. Et puis, tu commences à t'habituer, déjà...
Quand tu arrives dans la chambre, il semble te reconnaître. Peut-être même t'attend-il ?
Il est installé dans un fauteuil. Tu t'assieds en face de lui et tu parles. Tu lui racontes tes journées. Il t'écoute avec une attention passionnée, comme si tu disais des choses très compliquées. Dans son visage figé, son regard seul a conservé un soupçon d'expressivité. Tu le questionnes et il remue légèrement la tête pour répondre oui ou non...
Mais tu n'oses pas lui demander s'il souffre... Tu te sens tellement coupable de ne pas faire davantage pour lui ; tu te sens tellement impuissante...
Lorsque tu en as la force, tu lui souris et tu lui promets des lendemains meilleurs ; mais tu sais bien que tu lui mens : jamais il ne retrouvera la parole ; jamais il ne retrouvera le libre usage de ses bras et de ses jambes…


