31 juillet 2009
Antoine / 2
Antoine se sentait à la fois heureux et abandonné, prêt à pleurer comme un enfant, sur ce qu'il possédait de plus cher au monde... Une heure avec Florence avait suffi pour qu'une violente tendresse éclose en lui, exigeant la présence aimée comme un baume apaisant sur la déchirure de l'absence... Il le comprenait maintenant : il était amoureux pour la première fois. Jamais, jusqu'à ce soir, il n'avait ressenti ce désir de se donner tout entier, de se confondre avec l'autre, de se perdre peut-être...
Mais aucune peur ne l'arrêterait plus, désormais, il le savait. Quelque chose venait de s'ouvrir en lui, si soudainement qu'il ne se reconnaissait pas encore tout à fait dans cet homme confiant et déterminé, qui prenait la place de l'Antoine hésitant et craintif de naguère... Un miracle s'était produit, comme une autre naissance et plus personne, aujourd'hui, ne lui reprocherait d'être là et de jouir d'un monde si beau, plein de richesses et d'amour...
L'excitation le tint éveillé jusqu'au matin ; puis il s'assoupit enfin, dans les bras mœlleux de Florence... Elle dégageait un parfum extraordinaire, évoquant un irrésistible gâteau à peine sorti du four : vanille et chocolat chaud, mêlés de cannelle et d'amande ; c'était à mourir de délectation... Antoine se voyait immergé dans un flot de chair laiteuse et tiède. Tout son corps était pénétré d'une douceur indescriptible. Soudain, le plaisir fut si fort qu'il poussa un hurlement terrible, entre rire et sanglot. Puis il s'éveilla et sa déception fut grande. Il enfouit son visage dans l'oreiller, murmura le prénom de l'aimée pour la faire apparaître de nouveau ; mais non, elle s'était évanouie...
Le téléphone sonna. Ne pas bouger, goûter encore un peu cette chaleur merveilleuse... Retrouver les sensations du rêve... Et si c'était elle ? Il jaillit d'entre les draps, courut jusqu'au salon, mais trop tard... C'était forcément elle, il le sentait...
30 juillet 2009
Nus
29 juillet 2009
Florence / 2
Impossible
de s'imaginer dans les bras d'une telle femme sans que surgissent
aussitôt des images obscènes... Quel dommage ! Florence était pourtant
séduisante, à sa façon : tout ce qu'elle disait était passionnant ;
elle s'exprimait avec une aisance impressionnante et, surtout, savait
vous écouter si entièrement qu'on se sentait soudain devenir la
personne la plus intéressante au monde. C'en était même troublant...
La conversation avec elle était un spectacle envoûtant dont, à coup sûr, on ne sortait pas indemne...
Elle
avait de grands yeux gris-vert qui vous fixaient sans presque jamais
ciller. Au coin de sa bouche, du côté droit, une charmante fossette
apparaissait lorsqu'elle souriait. Ses mains, à la fois longues et
potelées, voguaient au gré des phrases comme deux oiseaux blancs qui
tantôt s'ignoraient, tantôt se rejoignaient et s'enlaçaient tendrement.
Une
bouffée d'angoisse saisit Antoine en plein ravissement : et si cette
femme redoutable décidait de l'enlever, serait-il capable de lui
résister ? Jamais encore il n'avait éprouvé cette attirance dangereuse
mêlée de répulsion. Il pensait : « C'est peut-être le moment de plonger
enfin dans la vraie vie, au lieu de rester frileusement sur le bord ?
»…
Pourtant lorsque Florence lui demanda : « Voulez-vous venir un
moment chez moi ? J'habite à deux pas d'ici » il se surprit à
répondre : « Malheureusement, il faut que je rentre. Mais une autre
fois, oui, c'est promis »...
Atelier
27 juillet 2009
Florence
Comme chaque fois qu'un homme séduisant la côtoyait sans la regarder, Florence éprouvait une véritable douleur. C'était à croire que la difformité de son corps la rendait invisible, en dépit de son volume considérable...
Depuis tant d'années, elle ne s'habituait pas à cette injustice et c'est pourquoi elle répondait à des annonces, s'exposant ainsi régulièrement à toutes sortes d'humiliations, allant du refus catégorique et méprisant à la curiosité vite satisfaite de certains hommes pour un corps disgracié. Une fois de plus, elle avait espéré un miracle. Sans doute s'y était-elle mal prise, mais comment faire ? Elle n'allait tout de même pas passer, elle aussi, une annonce :
« F.105 kg ch. H. norm. pr amour et mar. ann. sér. perv. s'abst »... Elle refusait de se définir ainsi en quelques mots, parce qu'elle se percevait comme un être complexe, dont le physique n'était qu'une des nombreuses facettes et, de loin, pas la plus significative...
Malheureusement, les regards masculins glissaient sur elle sans jamais s'attarder, choqués par sa non-conformité aux normes esthétiques, incapables d'en faire abstraction, comme si une femme trop corpulente était d'avance disqualifiée...
Eclaircie
26 juillet 2009
Antoine
Comme chaque année, l'immense marronnier avait le premier blondi puis roussi et ses bogues hérissées ponctuaient maintenant la pelouse, certaines déjà vides, d'autres entrouvertes, laissant apercevoir leurs fruits lisses comme des cailloux polis par une eau tumultueuse...
C'était la saison préférée d'Antoine, sans doute parce qu'elle l'avait vu naître mais aussi parce qu'autrefois, lorsqu'il fréquentait l'école primaire, c'était l'époque bénie de ses retrouvailles avec sa maîtresse, Marie-Laure D.
Pour elle, il choisissait sous son arbre les marrons les plus brillants et les plus parfaits ; il ramassait aussi de grandes feuilles colorées et craquantes, en faisait un bouquet, qu'il accompagnait le plus souvent d'un poème ou d'un dessin de lui...
Les joues de Marie-Laure rosissaient légèrement, elle s'agenouillait pour être à la hauteur du petit Antoine, le serrait fort entre ses bras, lui donnait deux gros baisers et caressait ses cheveux blonds en lui murmurant des douceurs...
Elle était belle et parfumée comme une fleur ; son rouge à lèvres nacré laissait sur le blanc visage l'empreinte de sa bouche. Elle faisait mine de vouloir l'effacer avec son mouchoir, pour le seul plaisir de voir le garçon se dégager en riant et s'enfuir à toutes jambes, emportant son trophée d'amour...
24 juillet 2009
Réflexion /3
23 juillet 2009
Solitudes
"Certains soirs, quand la solitude se fait trop lourde, je vais dîner au restaurant thaïlandais. Il est presque toujours désert avec, en bruit de fond, des succès des années cinquante chantés par des voix asiatiques et enveloppés de violons sirupeux. La cuisine y est délicieuse, très raffinée ; des parfums subtils s’y mélangent, citronnelle, basilic et gingembre…
À chaque fois, j’y rencontre la même femme qui lit et prend des notes en mangeant. Depuis quelques semaines, nous nous saluons d’un signe de tête, comme de vieilles connaissances. Elle pose son crayon noir à côté de son assiette et ouvre son livre. Régulièrement, elle remonte ses lunettes de son index gauche, sans s’interrompre. Peut-être qu’elle aussi attend le retour d’un être aimé ? Un jour, c’est sûr, je le lui demanderai, car nous finirons bien par nous adresser la parole"…





