Phrasibuleuse

Textes littéraires et autobiographiques, collages d'images et de mots, photographies...

30 juin 2009

Fragments

fragments

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28 juin 2009

Mère et fils

Je n’aurais jamais dû dire à maman que j’avais rencontré Juliette sur l’Internet. C’était au moment du dessert.
- Mais tu es complètement inconscient, mon pauvre garçon, on peut tomber sur n’importe qui, des malades, des folles, c’est dangereux, arrête-moi ça tout de suite, etc., etc…
Elle n’en finissait pas de vociférer, si bien que j’ai hurlé à mon tour :
- Eh bien tant mieux, si tu n’es pas d’accord, comme ça je ne te la présenterai pas et je ne serai plus obligé de venir déjeuner chez toi chaque dimanche, quel soulagement !
- Tu n’es qu’un monstre, elle a répondu, après tout ce que j’ai fait pour toi, oser me parler sur ce ton !
- Et toi, tu crois que tu n’exagères pas aussi ? Je te rappelle que j’ai trente-neuf ans, au cas où tu l’aurais oublié !
J’ai laissé mon gâteau dans l’assiette, balancé ma serviette sur la table et je suis sorti en claquant la porte. Le soir, elle m’a téléphoné pendant une heure, elle s’excusait en pleurnichant, disait qu’elle avait besoin de moi, que j’étais son seul soutien, le réconfort de sa vieillesse. Je me demande comment elle peut penser une chose pareille, alors que je la déteste de tout mon cœur et m’arrange pour le lui faire savoir, à chaque fois que l’occasion se présente…

Papa avait toutes les raisons de la détester aussi. Mais lui n’osait pas s’opposer à elle ouvertement ; il tenait par dessus tout à sa tranquillité et le seul moyen de l’obtenir était de la laisser dire, d’attendre que passe la crise. Je me souviens de quelques séances homériques ; elles éclataient souvent à table ; je ne comprenais pas que mon père se laisse traiter de pauvre type médiocre, sans ambition et même, parfois, de raté. Il se contentait de lever les yeux au ciel et de soupirer, ou de sourire, ce qui mettait ma mère dans une rage folle. Alors, les assiettes volaient, se fracassaient sur le carrelage de la cuisine et les portes claquaient. Mon père et moi terminions le repas tous les deux, dans un silence oppressant. Jamais nous n’avons parlé de ces scènes. Au fond, je crois qu’il avait raison de ne pas entrer dans le jeu de ma mère, il aurait fini par la frapper, ou il l’aurait transpercée de coups de couteau et se serait retrouvé aux assises… Au lieu de quoi il a terminé paisiblement sa carrière et il est mort d’une crise cardiaque, six semaines après avoir pris sa retraite. Il n’a pas souffert : il était assis dans son fauteuil, il a poussé un long soupir qui ressemblait à une plainte, ses yeux se sont écarquillés comme sous l’effet d’une vision surprenante et sa tête s’est affaissée sur sa poitrine…

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26 juin 2009

Echange...

- Oh la la, tu as vu ça, j'ai de plus en plus de cheveux blancs, moi !!
- Mmm...
- Je me demande si je vais les teindre ou non...
- Mmm ?
- Ou alors j'attends un peu, le temps de voir...  hein, qu'est-ce que tu en penses ?
- Mmoui...
- Tu pourrais répondre, quand je te parle !
- Excuse-moi, je  lisais ce message. Qu'est-ce que tu disais ?
- Oh rien... rien d'important ! Ne lâche pas ton ordinateur, surtout, ça n'en vaut pas la peine !
- Je sens comme un reproche dans ton intonation !
- Pas du tout ! Ce n'est pas un reproche, c'est une constatation.
- Et qu'est-ce que tu constates, ma chérie ?
- Que tu te soucies de moi comme de ta première chemise et que j'en ai plus qu'assez !!...
- ... A propos de chemise... il faut que j'en mette une blanche, demain, pour cette réunion dont je t'ai parlé... tu te rappelles ?...
- Ah oui ? Eh bien... tu sais où est le fer à repasser, mon chéri !!...

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24 juin 2009

Un visiteur

Lucien

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23 juin 2009

Eclosion

Je me souviens qu’on me disait douce et calme, toujours d’humeur égale. Pendant de longues années, j’ai tâché de correspondre à l’image que « les autres » avaient de moi, au point que je me suis perdue de vue.
Lorsque j’ai accepté, enfin, de reconnaître la violence et la passion qui bouillonnaient en moi, ce ne fut ni facile ni confortable...
Faire coïncider l’intérieur et l’extérieur tout en me restant fidèle ; devenir au grand jour celle que j’étais profondément ; admettre et même revendiquer en moi une part de ténèbres, alors qu’on me croyait si lumineuse : c’est peut-être cela qu’on appelle devenir adulte ?…


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22 juin 2009

Les voisins (suite)

- Quelle tragédie, ce qui s’est passé chez les Mercier !
- Quoi donc ?
- Vous n’avez rien entendu ? Vous ne lisez pas les journaux ?
- Non, j’étais chez ma fille, je ne suis rentrée que ce matin…
- Eh bien, c’était lundi, à l’heure du déjeuner. Il y a si peu de passage dans notre rue que le bruit des voitures a intrigué tout le monde ; alors, on est sortis sur le pas de nos portes, ou on a regardé par la fenêtre…
- Et vous avez vu quoi ?
- D’abord la police et ensuite une ambulance. Ils ont emporté un corps puis un autre. J’ai pensé d’abord à un accident, mais non : c’était un meurtre !
- Quoi ? Vous en êtes sûre ?
- Oui, oui, c’est dans le journal d’hier, tenez, voici l’article :

« Drame familial rue des peupliers
Monsieur M., cinquante ans, a empoisonné sa mère avant de se pendre. Il a laissé une lettre, dans laquelle il s’explique. Une enquête est ouverte… »


- Eh bien, quelle histoire ! J’en suis toute retournée…
- Je vous le disais… Et attendez, vous ne savez pas tout !
- Quoi d’autre ?
- Madame Mercier a été retrouvée assise dans son fauteuil avec son chat empaillé sur les genoux !
- Empaillé ?!
- Oui, quand il est mort, il y a cinq ou six ans, elle n’a pas pu le supporter ; alors son fils est allé chez un taxidermiste le faire naturaliser. Otello, il s’appelait, parce qu’il était noir…
- Le taxidermiste ?
- Non, le chat !... Donc, Antoine a donné le poison à sa mère, puis a placé le chat entre ses bras, qu’il a bien serrés autour de l’animal. On n’a pas pu les séparer. C’est la femme de ménage qui a tout découvert, presque vingt-quatre heures après…
- La pauvre, quel choc elle a dû avoir !
- Oui, surtout qu’Antoine s’était pendu au beau milieu du salon, à la grosse poutre. Elle l’a vu en entrant ; alors elle a couru dans la chambre de la mère et ce qu’elle a vu l’a achevée… Il lui a fallu un moment pour se reprendre et appeler la police…

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21 juin 2009

Filiation

Difficile de concevoir que Maman a été aussi petite que je le suis aujourd'hui.
Difficile d'imaginer un monde où je n'étais pas né !...

Balt

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19 juin 2009

Les voisins

-    Tiens, qu’est-ce qui se passe ? C’est une voiture de police !
-    Où ça ?
-    Devant le n°2, chez le vieux garçon et sa mère…
-    Ah bon ? Peut-être qu’elle a eu un malaise, elle n’est  pas en bonne santé.
-    Dans ce cas, c’est le SAMU qu’on appelle, pas la police.
-    C’est juste, oui… Ah, voilà une ambulance !
-    Bon, arrête de faire ta concierge et reviens à table !
-    Je ne fais pas ma concierge, je m’informe, je participe à la vie du quartier !
-    Tu parles ! Comme si les voisins t’intéressaient ! Tu ne sais même pas comment ils vivent, ces deux-là !
-    Alors là, détrompe-toi, je le sais et mieux que toi, encore !
-    Première nouvelle, et pourquoi ne m’as rien dit ?
-    Parce que tu m’aurais envoyé au bain, comme toujours ! « Occupe-toi de tes affaires, de quoi je me mêle », etc…
-    Mais non, qu’est-ce que tu vas chercher ? Allons, raconte-moi !
-    C’est la dame du 12, Mme Truffaut : elle était institutrice et elle a eu le garçon comme élève, il paraît que c’était un cas, sa mère le maltraitait…
-    Oh ?
-    Oui, elle ne l’aimait pas du tout…
-    Pauvre gamin… Et malgré tout il s’occupe d’elle depuis des années, c’est un vrai saint !
-    Un vrai masochiste, tu veux dire !
-    Mais non, tu es injuste, c’est sa mère quand même !
-    Et alors ? Il avait bien le droit de vivre sa vie !
-    Mais sa vie, c’était peut-être justement ça : se consacrer à sa mère…
-    A une mère qui le détestait ? Moi je l’aurais envoyée balader, oui !
-    Tais toi, tu n’as aucune sensibilité, ma pauvre fille !
-    Et toi, tu es ridicule, avec tes principes judéo-crétins !
-    Nicole, ne me provoque pas, tu te rappelles ce qu’a dit le docteur : il te faut du calme…
-    Oui, oui… Oh, encore une voiture de police ! Peut-être qu’il a fini par la tuer, ça ne m’étonnerait qu’à moitié…
-    Ce que tu es mauvaise, ce n’est pas possible d’avoir des idées pareilles !
-    Non, je suis réaliste, la différence entre toi et moi c’est que je ne me voile pas la face, c’est tout !... Oh, ils emmènent la mère, elle est toute droite dans son fauteuil roulant !
-    Tu te moques de moi, là ?
-    Mais non, tu n’as qu’à venir voir. Et maintenant des infirmiers sortent avec un brancard… C’est lui, j’en suis sure ! Le corps est recouvert d’un drap… mauvais signe ; ils le mettent dans l’ambulance…

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18 juin 2009

Une vie

Romantique


Je ne vous connais pas, mais votre visage m'est familier ; il émane de lui quelque chose qui me touche infiniment. Votre regard, si intense, devait pouvoir brûler. Mais ce qui m’émeut le plus est votre nez, un peu trop grand, un peu trop fort. Toute votre physionomie m’évoque une violence difficilement contenue, de celles qui rongent le cœur et l’esprit. Je la vois filtrer de vos petits yeux noirs surmontés de larges sourcils.

Je vous imagine en jeune homme romantique, passionné, occupé à lire les poèmes de Musset. Vous n’avez eu qu’un seul amour, une femme mariée, plus âgée que vous. Après plusieurs années, elle a fini par vous quitter pour retourner à sa vie sage de mère et d’épouse bourgeoise. Le chagrin vous a ôté toute envie de survivre. Vous avez écrit des vers désespérés que personne n’a jamais lus ; et vous êtes parti, emportant votre secret…
Votre aimée, cependant, avait conservé cette photographie. Peu avant de mourir, elle a tout raconté à sa fille et lui a légué son trésor. Mais lorsque celle-ci a disparu à son tour, plus personne ne s’intéressait à votre histoire. Un brocanteur est venu débarrasser sa maison. Et c’est à lui que j’ai acheté, pour une somme dérisoire, ce minuscule reste de ce qui fut votre vie…

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17 juin 2009

Couple

- Tout vas bien, Loulou ?
- Oui…
- Tu es sûr que tu n’as besoin de rien ?
- J’en suis sûr !
- Tu as bien pris ton médicament ?
- Mais oui !!
- Parce que l’autre fois, tu te rappelles, tu avais oublié…
- Bon, tu ne vas pas me ressortir cette histoire tous les jours !
- Moi, ce que je dis… c’est pour toi, hein !
- Je sais, je sais… Mais ça ne t’oblige pas à m’espionner !
- Moi, je t’espionne ?! Très bien ! Puisque tu le prends comme ça, je ne dirai plus rien, mais alors rien du tout ; et je te préviens : ce ne sera pas la peine de venir te plaindre !...



Mam

Posté par Danalyia à 00:52 - Photographies - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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