31 octobre 2008
Rencontre
Au commencement était le silence. Personne à qui dire le désespoir qui m’étreignait. Je rêvais de couloirs, sur un grand bateau, où s’alignaient des portes toutes semblables. J’ignorais derrière laquelle se cachaient mes parents, mon frère, tous ceux qui m’avaient été enlevés. Je savais juste qu’ils étaient quelque part où je ne pouvais les rejoindre. Plus tard j’ai eu des amis mais, toujours, je me sentais séparée d’eux comme par une paroi de verre : ils me voyaient mais ne me connaissaient pas ; je les regardais vivre sans pouvoir partager leurs joies... Et puis, un jour, je ne sais pas comment, ce mur transparent s’est brisé. Terrible fracas. J’avais si peur de vivre que je restais immobile des journées entières ; j’avais si mal à moi que j’appelais la mort. Mais elle n’est pas venue. C’est alors que je t’ai reconnu. Tu marchais vers moi depuis toujours. Nos doigts se sont enlacés, nos pas se sont accordés. Et depuis, nous cheminons ensemble vers l’avenir...
30 octobre 2008
Prison
28 octobre 2008
Epanouissement
Je me souviens
de la rondeur des jours heureux :
tendre séisme
au sein de mon intime géographie,
patiente gestation
nourrie de rêves et d’espoirs,
adorable éclosion
de tout mon corps-enceinte,
ô, délicieuse plénitude !...
27 octobre 2008
Fracture
26 octobre 2008
L'autre moitié
Je
me souviens, quand j’étais petite, il suffisait d’un mot pour que je
décolle de la réalité. J’éprouvais un désir insatiable d’évasion. Une
seule idée pouvait m’arrêter dans mes élans vers l’infini : et si je me
retrouvais nez à nez avec ma propre image ? Dès que j’en arrivais là,
je faisais machine arrière. Peut-être que je ne m’aimais pas ? Bien
sûr, en ce temps-là, je ne me posais pas la question...
Aussi loin
que je remonte dans ma mémoire, il me semble que je prenais soin de
moi-même, comme on le fait d’un être cher. Il y avait des moments très
durs, où la tentation était forte d’abandonner, de me laisser dériver
jusqu’à la mort, mais cela ne durait jamais : comme à la piscine,
lorsque je sentais sous mes pieds le fond du bassin, je poussais de
toutes mes forces pour remonter à la surface, essoufflée, certes, mais
intacte. Était-ce la peur qui m’aidait à réagir
? Au fond de l’eau tiède, qu’aurais-je trouvé de si effrayant ?
Voilà
que surgissent soudain des images inquiétantes : visages coupés en
deux, personnages dédoublés, moitiés juxtaposées qui ne vont pas
ensemble. Dans ma famille, il court un bruit que ma mère a plusieurs
fois démenti : il y aurait eu des sœurs jumelles, dont l’une a disparu
mystérieusement ; et la survivante, ce serait maman... Je suis hantée
par cette idée de la moitié perdue, du double, de la déchirure : et si,
en parcourant les vastitudes imaginaires, j’allais rencontrer cette
partie de moi qu’on m’a dérobée ? Je la cherche depuis toujours mais,
aussi, j’en ai peur. J’aspire à la retrouver mais j’existe à peu près
sans elle. Je ressens un manque douloureux, mais je sais que c’est lui
qui me constitue... Alors, risquer de mettre en jeu le fragile
équilibre où je suis parvenue ? Non. Nager, plutôt, dans le petit bain
de mes rêves ; et rester accrochée à l’aile rassurante du verbe, comme
à une bouée...
25 octobre 2008
Féérie
Hier soir, depuis ma fenêtre...

24 octobre 2008
Réminiscence
Qui sait d'où nous viennent certaines sensations, de quelle alchimie naissent certaines pensées ?
J'écoute une musique contemporaine que je ne connais pas et soudain, des effluves d'un parfum familier s'imposent à moi. Le parfum d'un homme que j'aimais il y a longtemps, en d'autres lieux... Mes narines aspirent encore, comme pour me convaincre que c'est impossible ; mais le parfum persiste, s'attarde dans la pièce ; il refuse de laisser dormir en moi les vestiges trop sensibles d'une période qui fut heureuse...
23 octobre 2008
Automne
Je me souviens d'autres octobres : fraîcheur brumeuse des matins, au bord de la Seine, noisettes brunes du jardin, pommes aux joues bien rouges ; roses aux pétales de velours, au parfum entêtant... Le bois crépitait dans la cheminée ; la passion consumait mon coeur... Je ne peux oublier ces moments lumineux, même si l'espoir qu'ils portaient fut déçu. Je me souviens et je souris à la jeune femme que j'étais ; celle qui fut tant aimée...
22 octobre 2008
Octobre
photo B. Obermosser
21 octobre 2008
Jean-Pierre SIMEON
Je
crois que la poésie, au coeur de tous les arts, en est l'expression la
plus universelle et la plus exigeante. Un diapason en quelque sorte. La
poésie est une objection à la médiocrité et à la vulgarité, aujourd'hui
peut-être plus que jamais. Il suffit donc au poète, pour être utile à
la cité, d'être pleinement, farouchement poète.
Usages du poème - Conversation avec Yann Nicol,
La Passe du Vent, Octobre 2008.
cité sur l'excellent blog "La cause des causeuses"
http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/



